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Woodbine, un lieu pour mettre l’écologie sociale en pratique

Au Woodbine Ecology Center, difficile d’y arriver par hasard. Accroché à la montagne comme le chèvrefeuille à un mur, Woodbine* s’atteint au détour d’une route sinueuse et surprenante, s’infiltrant dans la forêt et zigzaguant entre les rochers. S’y décèle un havre de fraicheur et de sérénité, bien éloigné de Denver la métropole économique pourtant située à moins de 60 km. Apaisant pour les sens, Woodbine est un formidable stimulant intellectuel et pratique. Le tout n’est pas dissociable. Né de la volonté de s’inspirer « des valeurs des peuples natifs d’Amérique du Nord » et du besoin de modes de vie plus « égalitaires, soutenables et autosuffisants » Woodbine mélange la pratique et la théorie, l’expérimentation et l’engagement, le concret et le slogan. Explications :

http://www.vimeo.com/15488480

The way you live affects the way you think.

A Woodbine, ils expérimentent. Parce que « la façon dont on vit affecte la façon dont on pense ». Des semences anciennes provenant des populations natives sont préservées et développées à travers un jardin communautaire. Au delà des semences, ce sont savoir-faire et techniques qui perdurent au sein de communautés indigènes aujourd’hui fortement urbanisées. Plus de 40 000 personnes issues des Diné, Navajo, Hopi, Kiowa, Lakota, Cheyenne, Kukapoo ou Shawnee (celle de Glenn Moris) vivent dans la région de Denver. « Woodbine peut leur servir de refuge, leur permettant de conserver un lien avec leurs racines, avec le passé de leur peuple, et de conserver des relations avec les éléments naturels » nous précise Glenn Morris.

Woodbine accueille des programmes d’éducation et de formation organisés en partenariat avec des écoles, des organisations et des communautés. Jeunes et moins jeunes peuvent ainsi s’asseoir dans la nature et découvrir autre chose que « les messages consuméristes dont ils sont bombardés chaque jour », selon Pavlos Stavropoulos. Permaculture et culture de ses propres fruits et légumes, aquaculture, gestion durable des forêts et des zone humides, médecine traditionnelle, énergies renouvelables et habitat naturel, méthodes de gestion pacifique des conflits, réduction de son impact environnemental, impact de nos modes de vie sur nos relations sociales, etc… sont autant de programmes qu’il est possible de suivre au Woodbine Ecology Center. Souvent, ce sont des représentants de communautés, d’association ou de réseaux qui suivent ces cours, ce qui en renforce le rôle démultiplicateur, comme nous l’a confiée Louise Benally. Venant de Black Mesa, Big Mountains, Arizona, elle et sa communauté sont victimes des agissements des entreprises minières extrayant du charbon de leurs montagnes sacrées. Sa présence à Woodbine lui permettra de repartir avec des connaissances techniques supplémentaires de permaculture qui lui permettront de rendre sa communauté plus résiliente aux problèmes environnementaux locaux.

Pour Glenn Morris, Woodbine est partie prenante d’un mouvement environnemental global. Parce que ces initiatives concrètes sont une part des réponses aux défis globaux que nous connaissons. En insistant sur les exigences de justices sociales et des valeurs indigènes, Pavlos Stavropoulos précise que Woodbine ne se limite pas aux seuls enjeux environnementaux. A demi-mots c’est une critique de ceux qui ne mettent l’accent que sur le pic pétrolier et le changement climatique. Même s’il reconnaît que des liens existent avec le mouvement de la transition au Colorado. Selon Glenn Morris, il y a d’ailleurs une certaine forme d’arrogance à penser que les solutions viendront d’Amérique du Nord. Prenant l’exemple d’Evo Morales, il considère que les leçons pour le futur, viendront plutôt du Sud. A condition de modifier radicalement nos visions du monde et de pouvoir penser et construire des partenariats internationaux profondément renouvelés. Notamment sur l’exploitation des ressources naturelles.

Inventer, c’est penser le neuf, mais aussi l’expérimenter.

A Woodbine, on ne croit pas au grand soir, ni au petit matin. « Parce qu’il est illusoire d’imaginer que tout va changer en un jour » et que c’est « le parcours, le processus qui compte » selon Pavlos Stavropoulos. Sans doute parce que les schémas de domination esclavagistes, coloniaux, patriarcaux, capitalistes sont profondément ancrés dans nos existences. Ainsi, affirme-t-il, « mettre l’accent à la fois sur la justice sociale, les défis environnementaux et les valeurs indigènes, c’est comprendre que tout est connecté ». Prenant l’exemple des populations indigènes à qui ont été dédiées des réserves comme ça l’est pour la nature, il explique que c’est une façon de se penser de manière séparée de la nature et des populations qui n’ont pas les mêmes références conceptuelles ou philosophiques. Or, « nous ne sommes pas isolés les uns des autres et nous sommes tous sur la même planète ». « Nous avons donc à apprendre les uns des autres, et à apprendre de la terre ». Glenn Morris renchérit « comme personne ne repartira sur le May Flower, nous devons trouver un moyen de vivre ensemble, et ce dans un équilibre avec les lieux que nous occupons ». Par « apprendre de la terre », Pavlos Stavropoulos ne reconstruit pas une cosmologie semi-religieuse transcendantale où chaque chose et chaque être aurait sa place de manière prédéfinie. Bien trop au fait des besoins d’émancipation individuels et collectifs des populations, il propose de « penser les interactions entre nos lieux de vie et nous ». Non pas pour s’enfermer sur une communauté autonome séparée du reste du monde – ce que Woodbine n’est pas – mais pour inventer un mode de vie digne, coopératif, égalitaire, autosuffisant et soutenable.  Sans imaginer avoir toutes les réponses, car il existe de « nombreuses pistes alternatives ». Inventer, c’est penser le neuf, mais aussi l’expérimenter. C’est tout Woodbine.

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* « Woodbine » qui signifie chèvre-feuille en français est le nom du lieu depuis au moins un siècle.

Ecrit par maximecombes

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Un commentaire pour "Woodbine, un lieu pour mettre l’écologie sociale en pratique"

  1. [...] qu’il fallait qu’on arrête (re-ouf !). Par contre, la visite du Woodbine Ecology Center (voir notre reportage) était vraiment sympa et instructive. En plus, c’est [...]

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